Museon Arlaten : Le musée

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Mariage gitan

Mariage gitan

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Mannequinage de la tenue de mariée gitane. CD13 - Coll. Museon Arlaten © Jean-Luc MABY

Description longue

Les groupes Tsiganes, dont la présence est attestée en Provence depuis le XVe siècle, entretiennent avec le territoire d’Arles des relations contrastées. Si le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer continue à rassembler, tous les 24 mai, un millier de caravanes de Gitans catholiques venus de la France entière pour célébrer les reliques de Sara « l’Egyptienne », l’histoire locale de cette communauté est également entachée par la mémoire tragique du camp de Saliers, qui servit à l’internement des « nomades » durant la Seconde Guerre mondiale.

Au Museon Arlaten, quelques portraits de « Bohémiens » et d’images anciennes du pèlerinage relatent des fragments de l’histoire de cette population. En 2002, le musée acquérait également un fonds regroupant portraits photographiques et entretiens sonores réalisés par Mathieu Pernot auprès d’anciens prisonniers du camp de Saliers.
 
Afin de compléter cette connaissance lacunaire et d’enrichir le propos de la future exposition permanente du Museon Arlaten rénové, une enquête  ethnographique (enquête-collecte) a été lancée en 2010 auprès de la communauté gitane arlésienne. Grâce à l’instauration progressive d’une relation de confiance réciproque entre l’ethnologue et les membres de cette communauté, une immersion dans la vie quotidienne de plusieurs familles a été possible, apportant une réelle épaisseur ethnographique au terrain. Ainsi,  des éléments déterminants dans le fonctionnement de ce groupe culturel ont pu être observés, tels que les liens entre les différents clans familiaux, les rôles masculins et féminins ou bien encore le rituel du mariage gitan, dépassant certains stéréotypes.
 
Dans le but d’en rendre compte dans un contexte muséographique, le travail de l’ethnologue vise également à collecter – en plus des enregistrements, des photographies, et des filmsdes objets propres à illustrer les faits observés sur le terrain ; en conséquence plusieurs tenues de mariage ont été acquises.

Elément de protection et de parure, le vêtement demeure un support de communication  identitaire et symbolique, renseignant des choix et des goûts esthétiques, des pratiques et des représentations.
 
La tenue de mariée présentée ici, a été collectée en octobre 2014, à l’issue d’un mariage unissant une Gitane d’Arles à un Gitan de Montpellier et au-delà, deux chefs de famille. Parure de fête, cette tenue a été portée le jour du mariage, en dernière étape de toilette. Comme dans d’autres groupes culturels, la blancheur de la robe renvoie à la pureté de la jeune-fille, une pureté sexuelle qui honore d’abord son père et les hommes de son clan, ensuite l’ensemble de sa famille proche, puis son mari et sa belle-famille, assurant ainsi une bonne réputation pour les deux familles.  
 
La virginité de la jeune-fille demeure une condition fondamentale à toute union intra-communautaire. Elle sera vérifiée et attestée au cours de la cérémonie rituelle du mouchoir, « le moquedo » , le jour du mariage ou quelques jours avant, par une dame honorable et âgée de la communauté dont la fonction est reconnue par le groupe.
 
Dans le système communautaire gitan, et à l’instar d’autres sociétés, on observe une autorité des plus anciens sur les plus jeunes et des hommes sur les femmes. Etape incontournable dans une vie gitane traditionnelle, le mariage permet à la jeune fille d’acquérir le statut de femme mariée, la faisant passer, par conséquent, d’une autorité paternelle à une autorité maritale.
Au cours de la soirée de mariage, ce passage est marqué par un changement de parure vestimentaire, lors de la présentation du mouchoir aux convives. La mariée se présentera alors dans une tenue de fête colorée où toutes les couleurs et les formes seront permises.
Ce changement de statut s’accompagne très souvent d’un changement de résidence, la jeune femme s’installant avec ses effets et son trousseau chez sa belle-famille, soit en réinvestissant la chambre du fils comme chambre nuptiale, soit en investissant une caravane nuptiale placée près de l’habitation des beaux-parents, soit enfin, pour les familles ayant des revenus réguliers, en investissant leur propre appartement.
 
La jupe composant la tenue de mariage est constituée d’un fond de jupe en satin synthétique blanc uni. S’y ajoutent cinq jupons de tulle blancs unis, et un jupon supérieur en tulle pailleté d'argent, brodé et agrémenté de perles et de paillettes en plastique, cousues et collées. Portée par la mariée le jour de son mariage, la jupe présentait diverses salissures et des coutures altérées ; elle a fait l’objet d’un nettoyage à l’eau savonneuse et d’une restauration textile.
 
(Enquête et collecte ethnographique, Kristel Amellal ; Restauration textile, Patricia Dal-Pra)