Museon Arlaten : Le musée

Zoom sur les collections

   

Bracelet « Coulas »

Copyright

Orfèvre arlésien
XIXe siècle
Métal courbé ciselé, repercé
Or – 18 K
Inv. 2010.3.1

Description longue

Constitué d’un fil massif courbé en bracelet rigide se terminant par deux boucles circulaires articulées à angle droit et d’une breloque quadrilobée coulissante, à décor incisé, suspendue par un anneau libre soudé.

A la fin du XVIIIème et début du XIXème, au moment où se caractérisent les costumes régionaux qui s’élaborent entre mode nationale et matériaux textiles disponibles localement, s’affirment au-delà des bijoux de vêture des parures en métal précieux connues sous le vocable de bijoux régionaux (cf Claudette Joannis, bijoux des régions de France – Paris Malmaison 1992), ils sont généralement portés par la population rurale et la petite bourgeoisie urbaine. Plus ou moins spécifiques, ces bijoux contribuent eux aussi à définir l’image, souvent stéréotypée d’un costume régional rapidement instrumentalisé dans une logique identitaire par les mouvements régionalistes. Dans le répertoire formel de ces bijoux, le bracelet n’apparaît que rarement avant 1848 dans le costume régional.

Aussi, le bracelet dit Coulas porté en Provence rhodanienne, repéré comme étonnant depuis le XVIIIème siècle, fait-il figure d’exception et devient-il, très tôt, objet de curiosité pour les voyageurs et érudits locaux.

Le « Coulas », une curiosité ethnographique

Dans la plupart des descriptions, souvent liés aux « tableaux littéraires », récits de voyage ou statistiques, apparait dès les dernières décennies du XVIIIe siècle la mention de bracelet suspendu aux poignets des femmes du pays d’Arles, d’autant plus visible que le « droulet », élément du costume régional, laisse voir l’avant-bras.

A titre d’exemple, l’Abbé Papon dans son « Voyage de Provence » présente, dans les années 1780, ce bijou comme une réminiscence des torques antiques ou le Père Dumont, en 1784, le présente comme caractéristique des arlésiennes, tandis qu’en 1807 A. L. Millin s’attache à décrire l’usage répandu de « ces bracelets composés de fils d’or ».

Parallèlement, des documents d’archives relatifs à la vie quotidienne en pays d’Arles confirment cette présence et cet usage du bracelet « Coulas » dans la basse vallée rhodanienne. Par son poids de métal précieux, il constitue une sorte de réserve pécuniaire et, à ce titre est offert dans la corbeille de mariage. Aussi apparait-il dans les documents des érudits locaux.

Ainsi on retrouve :
- Une mention de six bracelets d’or de ce type, en 1769, dans le livre de raison (collection privé) de M. Maynel, résidant à Moulès (13), bijoutier de son état ;
- Des indications de P. Véran (Ms 461) ou de M. de Truchet (ms 283) dans les fonds anciens de la médiathèque d’Arles sur la fabrication de ce type de bijou au tournant du XVIIIe et les premières décennies du XIXe par 14 orfèvres.

Enfin, l’iconographie, représentant les femmes issues des milieux populaires aisés et de la bourgeoisie durant la même période, confirme la présence de ce bijou spécifique dans les vêtures régionales (autour de 1775) notamment sur les portraits d’arlésiennes dus à A. Raspal conservés dans les musées de la région PACA (en autre le musée Granet à Aix et le musée Grobet-Labadié à Marseille).  L’iconographie du coulas se retrouve aussi dans un dessin et une petite huile sur toile anonyme appartenant aux collections du Museon Arlaten.

Le coulas, un bijou du pays d’Arles

Ce bijou, résolument local, assez simple voire simpliste dans sa fabrication, est composé d’un jonc d’or courbé, terminé en boucles, disposées sur des plans opposés et d’une breloque à motifs incisés (colombe, arc, corbeille de mariage, blé de feuillage). Le décor de cette médaille est incisé sur l’avers et le revers. Il évoque l’amour conjugal ce qui semble corroborer qu’un tel bijou fasse partie de la corbeille de mariage de la jeune épousée ou de sa dot. Cette breloque comporte deux détails iconographiques plus rares : un carquois en forme de tambourin et une représentation de l’obélisque érigée au XVIIème sur la place Royale, aujourd’hui place de la République.

Ce type de bijou ne présente aucune prouesse technique pour les orfèvres locaux du territoire arlésien pourtant réunis en confrérie depuis 1590 et ayant souvent accès aux charges consulaires d’Arles et semble peu marqué par les modèles d’orfèvrerie véhiculés les ouvrages des ornementistes diffusés par les merciers et les marchands de mode de la fin de l’Ancien Régime aux premières décennies du XIXe siècle. La partie travaillée en réserve de la breloque témoigne d’une certaine gaucherie, même si la technique parait maitrisée. En effet, la composition est assez maladroite, ce qui semble confirmer des présomptions de fabrication locale pour une clientèle régionale.

Le poinçon IP n’est cependant pas identifié avec certitude, peut-être Isidore Pinus. Il faut aussi remarquer l’absence de poinçon de garantie ce qui était encore largement répandu encore à la fin du XIXème dans les échoppes locales et indique une fabrication peut-être « sous le manteau » destinée à un circuit commercial court.

Ainsi par sa forme, ses techniques de fabrication, son décor et son usage, ce bijou s’avère très emblématique du Pays d’Arles.

Enrichissement des collections

Ce type de bijou a été identifié comme pertinent dès la constitution des collections et a fait l’objet d’un véritable avis de recherche dès 1898 au moment de la collecte.

Dans un premier temps, F. Mistral a du faire réaliser pour les vitrines du Museon Arlaten un fac similé en cuivre pour pallier l’absence de ce bijou considéré comme emblématique. Puis suite à un vol de bijoux au musée en 1904, il a du enjoindre son épouse de confier au musée son « coulas» qui est le seul exemplaire détenu par le musée.

Aussi, une telle pièce difficile à acquérir, malgré son aspect modeste, viendra t’elle donner tout son sens à la collection de bijoux du pays arlésien. Elle sera cependant présentée lors de la réouverture dans une vitrine présentant toutes les garanties de sécurité.