Museon Arlaten : Le musée

Zoom sur les collections

   

Boutis : le Museon Arlaten prolonge un peu le « mois du blanc »

Couverture

Copyright

L'image a été retravaillée pour vous puissiez mieux apercevoir les motifs (blanc sur blanc).

CD13-Coll.Museon Arlaten © Sebastien Normand

Description longue

Les collections viennent de s’enrichir d’une superbe couverture de lit nuptial boutissée des années 1880. Avec cette acquisition, c’est tout un pan de l’histoire provençale qui affleure à nouveau.

Rare par sa taille (2,50 m X 2,60 m) comme par son état de conservation, cette pièce était détenue jusqu’à présent par une famille de couturières de Sérignan du Comtat (Vaucluse). Partie intégrante de la dot d’une épousée, elle a pu, en dépit de sa grande taille, être réalisée par une seule brodeuse, peut-être une jeune fille cousant elle-même son trousseau de mariage comme cela était fréquemment le cas à l’époque.
Cœurs et canthares
Les décors choisis empruntent à plusieurs répertoires, preuve de la grande capacité de la couture provençale à remettre cent fois la tradition sur le métier. Sont ainsi convoqués, tout d’abord, les arts décoratifs du XVIIIe siècle, et plus spécifiquement les ornements classiques du mobilier provençal  de l’époque: on retrouve par exemple sur la couverture deux cœurs liés surmontés de flammes symbolisant l’amour conjugal, des canthares (vases à boire antiques)et des paniers garnis de fleurs ou de fruits évoquant la corbeille de la jeune épousée, une croix de Malte…
On  peut également observer des motifs très utilisés dans les broderies de la fin du XIXe siècle, du type de ceux présentés par « l’Encyclopédie des ouvrages de dames » (1886), par exemple ces décors végétaux composés de  feuillages symétriques et de tiges souples.
Enfin, est déployée toute une symbolique renvoyant à l’actualité et aux mutations politiques de l’époque : faisceau de licteur (symbole de la République) et fleurs de lys, casques à l’antique encadrés de drapeaux et trompes…
Une collection unique
Cette pièce vient compléter la série constituée par le Museon Arlaten, unique dans la région, de neuf couvertures blanches de mariage. 
Cette collection pourra intégrer, par roulement, le futur parcours muséographique ou les expositions. Le succès du boutis marque en effet une étape-clé dans l’histoire des arts décoratifs, même si cette technique est également présente dans d’autres régions de France et d’Europe. Nécessitant un véritable savoir-faire, le boutis, apparu au XIVe siècle et que développa d’abord la Sicile, consiste en la superposition d’une toile à armure serrée et d’une autre plus lâche piquées ensemble à petits points puis mises en relief par un « boutissage » (rembourrage) d’ouate.
« Ouvrage divin »
La technique du boutis connut son heure de gloire en Provence au XVIIIe siècle, après l’interdiction en 1686 de l’importation des « indiennes » (tissus peints importés, très en vogue à l’époque). Pendant toute cette période, seules les toiles blanches de coton du Proche Orient pouvaient être importées en France, en vue d’y être transformées. Monopole oblige, Marseille en constituait la porte d’entrée obligatoire ; aussi ce sont les florissants ateliers provençaux puis les familles d’ici  qui développèrent à grande échelle le boutis, s’inspirant des motifs des indiennes et les transposant sur les toiles blanches. Le boutis a ensuite développé son propre style, auquel Frédéric Mistral rendit hommage dans son poème Calendal, publié en 1866 : « cet ouvrage divin qui ressemble à un pré dont le givre broda de blanc les feuilles et les pousses ».