Museon Arlaten : Le musée

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L’Escolo dou Boumbardamen ou le 14-18 des Felibres

 

 

Le 31 janvier 1915 naissait entre Meuse et Meurthe-et-Moselle un étonnant journal de tranchées, organe de liaison des félibres plongés dans l’horreur du premier conflit mondial. Nous vous proposerons tout au long de l’année une série de publications inspirées par L’Echo du boqueteau, ce petit canard fondé sous les obus par la bien nommée Escolo dou Boumardamen.

 

Les manifestations seront nombreuses, l’année en sera scandée : nous célébrons comme vous le savez tous le centenaire de la fin de la grande boucherie de 14-18. Le Museon Arlaten, musée de société, s’y associe en vous proposant une série de publications inspirées par les mots des soldats eux-mêmes. Mais ces « paroles de poilus »- là auront une saveur et un accent particuliers : elles sont tirées d’ un journal de tranchée fondé le 31 janvier 1915  par… les joyeux félibres de L’Escolo dou Boumbardamen. Escolo dont la bravache devise, sonore clin d’œil, était « Lou canoun me fai canta » (le canon me fait chanter). Il s’agissait avant tout pour ces combattants de conserver leur langue et de communier dans l’attachement à leur région d’origine. Les sujets les plus divers y furent traités, sous toutes les formes imaginables même si les poèmes prédominent, souvent avec recueillement, parfois avec drôlerie, toujours avec émotion et courage.

Journal de fortune et d’infortunes

  L’Echo du boqueteau, tel était le nom du vaillant petit canard, se révéla à la fin de la grande hécatombe comme l’un des plus réguliers et prolifiques journaux de soldats. En décembre 1918, à l’heure de la dissolution de la rédaction, on comptabilisait 322 numéros et  1634 pages publiés. Le journal avait cessé d’être bilingue en mars 1916 pour proposer deux éditions distinctes, en provençal et en français, avec des croisements de temps à autre. Une édition en vellave (beaucoup de ces félibres venaient du Puy en Velay, dont l’initiateur de la revue Albert Boudon-Lashermes) vit également le jour en 1917.

Le journal était réalisé et polycopié avec les moyens du bord, au son du canon. Faut-il parler de l’hécatombe qui frappa sa fragile cohorte de rédacteurs, poètes, rimeurs, blagueurs, pasticheurs, versificateurs, illustrateurs… ? Lisons le récit presqu’irréel, à la fois Iliade et Odyssée, que fit de cette histoire André Charpentier dans son « Livre d’Or des journaux du front -Feuilles Bleu horizon » (1935) :

  «  L’Écho du Boqueteau , toujours polycopié, fut tiré tout d’abord à Mandrès aux Quatre Tours, puis dans les tranchées, devant Saint-Baussant, où les bureaux du journal furent incendiés ; à Broussey, où les Boches bombardèrent " l’hôtel " de L’Écho et le brûlèrent de la cave au grenier ; à Maison Brûlée, où le journal donna des concerts. L’offensive de Champagne les interrompit ; le régiment partit pour Tahure où le canard parut dans les bois, comme il put ; puis retour en Woëvre. L’Écho du Boqueteau s’installa dans les ruines de la cure, à Bouconville. Là, l’artillerie ennemie jeta deux 105 dans la cheminée à moitié détruite et l’acheva. L’offensive de Verdun chasse de la cure, au printemps de 1916, L’Écho qui doit transporter son matériel au Mort-Homme, où, le 10 juillet, un 210 décima la direction et expédia le rédacteur en chef sur un brancard à l’hôpital canadien de Saint-Cloud.

Néanmoins, le journal parut ensuite à la Cote 304, à Esnes, au Bois Bourru, à Chattencourt, pendant neuf mois. Le printemps de 1917 le vit à Avocourt ; puis ce fut le repos en Alsace, où le nouveau rédacteur en chef fut tué. Mais on retrouve L’Écho du Boqueteau , le 27 mai 1918, au Chemin des Dames, où le régiment fut anéanti : le colonel tué ; quant à la direction, elle se réduisait à quatre rescapés. C’est à ce moment que les survivants furent versés dans une unité bretonne où L’Écho vécut jusqu’à l’armistice. »   Et Charpentier de conclure, bien dans l’esprit de ce fier journal : «  L’Escolo dou Boumbardamen et L’Écho du Boqueteau furent solennellement dissous le 18 décembre 1918, au cours d’une fête où l’on dansa une bourrée endiablée, puis toute l’assistance entonna " La Bergiero" ».

 

Poèmes et récits

Le Museon Arlaten a recueilli dans ses collections une série d’exemplaires de l’Echo du Boqueteau, en cours de traitement et bientôt numérisés. Le musée conserve également les archives de Marius Jouveau, capoulié du Félibrige de 1922 à 1941 (comme plus tard son fils) qui participa intensément à cette aventure éditoriale. Un chapitre entier de son ouvrage La Flour au Casco, publié en 1919, est consacré à L’Escolo dou Boumbardamen et à l’Echo du boqueteau.

L’occasion était donc belle de vous proposer durant toute cette année une plongée dans ces vibrantes archives. Poèmes de guerre ou d’amour, récit de la Sainte-Estelle célébrée au front, pastiches de chroniques judiciaires –quand le condamné à mort pour désertion est un chien, chansons à boire, petites annonces, pièces de théâtre entières, bandes dessinées, séries –Arsène lupin au front-qui ne durent qu’un épisode… La matière est riche ! A bientôt donc, en direct des tranchées.