Museon Arlaten : Le musée

Ressources documentaires  >  Zoom sur les fonds  >  1874,...

1874, Naissance d'une ville : Port-Saint-Louis dans l'oeil d'Eugène Villette

 

 
C’est sur commande que le photographe Eugène Villette, venu de Normandie et reconnu pour sa grande maîtrise technique, a immortalisé en 1874 les balbutiements de la ville de Port-Saint-Louis-du-Rhône : 25 de ses images sont réunies dans le rarissime album « La Tour Saint-Louis » dont le Museon Arlaten s’est porté acquéreur d’un exemplaire original*. Premiers grands édifices, voirie de fortune, docks liliputiens, canal et quais encore déserts… Une ville s’ébauche, comme au milieu de nulle part. Des constructions, éparses, sortent de terre.
 
Un bout du monde
Par la grâce de ces clichés, c’est une ambiance de cité pionnière qui est restituée, les décors semblant dressés pour une sorte de western insalubre : un des innombrables opposants à ce projet parlait d’ailleurs de terrains qui ne devraient pas valoir plus « qu’une action du Mississipi »*. Il s’agissait pourtant pour les promoteurs de Port-Saint-Louis de mettre enfin un terme aux difficultés immémorialement posées aux esquifs de toutes sortes par la très difficilement navigable embouchure du Rhône, en proposant un trajet et une manutention alternatifs. Mais que l’accouchement fut difficile !
 
 Dans « Port-Saint-Louis-Du-Rhône ou le génie de l’adaptation, article « Du Port à la commune » » (Edisud, 2004), Jean-Louis Charrière et Mireille Meyer citent un « Etat sanitaire » de 1876 : « Le canal Saint-Louis a été entièrement creusé dans des terrains saturés de matières organiques, animales, végétales en tous genres. On peut dès lors se faire une idée des miasmes qui devaient se dégager de cette immense fosse de 3 km de longueur sur 60 m de largeur et de 7 à 8 m de profondeur et du bassin de 14 hectares qui le termine, au fond desquels toute une population de 1500 à 2000 ouvriers mal vêtus, mal nourris, mal abreuvés, mal logés, travaillant par des chaleurs de 30° à 36° dans une boue fétide formée de mélange d’eau douce et d’eau salée dont la corruption viciait et empoisonnait l’air ambiant ».
 
Grands rêves
Le creusement du canal comme l’aménagement de la ville ont été obtenus de haute lutte ; le décret impérial est signé en 1863, après vingt ans de débats aussi complexes que variés: Arles entendait rester le port de transfèrement entre trafics fluvial et maritime ; la concurrence faisait rage entre transport fluvial et chemins de fer  en pleine croissance; sur fond de montée en puissance de l’empire colonial, le port de Marseille voyait d’un mauvais œil ce possible concurrent qu’espérait à rebours la Chambre de Commerce de Lyon. Si Hyppolite Peut, infatigable artisan du projet, affirmait en 1877 que « Port Saint-Louis a été proposé et construit pour offrir à l’agriculture, à l’industrie et au commerce de tout le centre et le midi de la France pour leurs importations et leurs exportations des conditions d’économie et de facilité qu’ils n’auraient jamais possédées sans lui », le Courrier de Lyon, dans son édition du 29 septembre 1859 rêvait carrément tout haut d’un port qui pourrait devenir « sans aucun doute en raisons des admirables conditions économiques et topographiques qu’il réunit, un des centres maritimes les plus importants de Méditerranée et peut-être bientôt du monde entier «  ( Op. Cit. pp 39 et 34).
 
Encore une bataille
Pourtant, bien que le gros du chantier soit terminé en 1873, il faudra encore attendre 1881 et l’installation de la Compagnie générale de navigation –qui transfère ainsi ses bureaux arlésiens- pour que le Port prenne vraiment vie. « En 1882, arrivent le premiers chargements de blé en provenance d’Algérie. Le mouvement est lancé. D’autres sociétés suivront : la Société Générale des transports maritimes crée en 1885 une ligne Saint-Louis/Alger/Tunis, et, en 1888, la Compagnie transatlantique ouvre une ligne Saint-Louis/Espagne/Oran ; les Cimenteries Lafarge, les mines de la Grand-Combe qui installent une usine d’agglomérés en 1889, la Société des pétroles André etc… Les bâtiments industriels et commerciaux, les entrepôts se multiplient » détaillent Jean-Louis Charrière et Mireille Meyer (op.cit.). En 1892, 1800 habitants s’agglomèrent, souvent dans des cabanes, autour de la soixantaine de « maisons régulièrement bâties », la population ouvrière venue du sud de la France, de la Vallée du Rhône ou d’Italie restant dépourvue du minimum de confort et d’hygiène…
Mais le développement continue. La création d’une ligne de chemin de fer Arles/Port-Saint-Louis permet en 1887 de faire le lien avec la ligne PLM. Et en 1904, après 18 années de bataille acharnée, Port-Saint-Louis devient une commune. Mais après toutes ces péripéties, l’histoire ne faisait pourtant que commencer…
 
Comme à Deauville ?
On ne sait comment Eugène Villette (1826-1895) s’est retrouvé un beau jour de 1874 au pied de la Tour Saint-Louis. Est-ce sa capacité à fixer dans son objectif la naissance de la cossue cité balnéaire de Deauville, fondée en 1860 par une grande figure du Second Empire ? Si c’est le cas, le contraste avec l'âpreté de Port-Saint-Louis a dû être saisissant pour cet éminent lauréat des Expositions universelles de Londres (1862), de Paris (1867) et de l’Exposition maritime internationale du Havre de 1868.
 
 
* «  La Tour-Saint-Louis », novembre 1874. Album in-folio oblong, reliure de l'époque, 25 tirages albuminés montés sur carton, légendés à l'encre sur les montages.
 
*Dans le journal L’Homme de bronze du 18 avril 1886, cité dans « Port-Saint-Louis-Du-Rhône ou le génie de l’adaptation » (Edisud, 2004), page 41.

L'Hôtel Saint-Louis

Photo E. Villette (1874) (nouvelle fenêtre) L'Ecluse (nouvelle fenêtre) Un autre point de vue sur l'écluse (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) Photo E. Villette (1874) (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre) . (nouvelle fenêtre)

Le Museon Arlaten a acquis un album de photos de Port-Saint-Louis prises en 1874 par Eugène Villette, photographe distingué aux Expositions universelles de Londres (1862) et Paris (1866).