Museon Arlaten : Le musée

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"Esprit de sel", nouvelle étape du Voyage des 10, à la Fondation Camargo (Cassis)

Samedi 8 juin, 21 heures.

"Esprit de sel" est une création de Guylaine Renaud et Guillaume Saurel pour le Voyage des 10, un cycle de spectacles inspirés par les objets des collections du Museon Arlaten. Laissez-vous emporter par cette évocation des "âmes" de bois que les saliniers de Camargue sculptaient de leurs mains avant de les laisser au bord des marais pour qu'elles se couvrent peu à peu de beaux cristaux blancs. Une ethno-artiste qui est aussi femme-troubadour, un violoncelliste qui peut tout jouer, la tombée de la nuit... : le Museon Arlaten vous accueille "hors les Murs" le samedi 8 juin à 21 heures dans le cadre enchanteur de la Fondation Camargo, à Cassis. Avec la Méditerranée comme toile de fond...

Gratuit. Réservations recommandées : fabienne.desaconto@departement13.fr

 

 

« Le sel est une source d’inspiration, depuis la nuit des temps »

Le Museon Arlaten propose le samedi 8 juin à 21 heures, dans le cadre enchanteur de la Fondation Camargo, à Cassis, le spectacle musical « Esprit de sel », dernière étape du Voyage des 10., un cycle de spectacles fondés sur des objets des collections du musée. L’ethno-artiste et femme-troubadour Guylaine Renaud, qui nous accompagne dans cette aventure depuis l’origine, s’inspire cette fois-ci des Objets de sel, témoignages d’une ancienne pratique des saliniers camarguais. Des âmes de bois, façonnées par la main de l’homme, étaient posées au bord des marais et se couvraient peu à peu de cristaux blancs. Leur fabrication exigeait du temps et de l’attention. Les offrir était un symbole de respect et d’amitié. Aux côtés de Guylaine Renaud qui présente ci-dessous son spectacle, Guillaume Saurel fera vibrer les cordes de son violoncelle en résonnance avec l’infinie étendue marine, exceptionnel fond de scène de cette soirée cassidaine.

Pour en savoir plus sur Guylaine Renaud : https://guylaine-renaud.eu/

 

L'amphithéâtre de la Fondation Camargo. Photo Viviana Peretti.

Pourquoi ce choix des objets de sel comme source d’inspiration ?

Guylaine Renaud : Cela fait quinze ans que je travaille sur le sel, j’y reviens car l’ethno-artiste que je suis croise sans cesse cette thématique : le sel est partout sur la côte septentrionale de la Méditerranée et particulièrement sur le territoire arlésien. Depuis la plus haute antiquité, les hommes en font commerce. Mon premier spectacle sur le sujet, les « Chemins de sel », présenté à Fontvieille, évoquait ces chemins saliniés et pessonniés, que les marchands empruntaient avec leurs poissons conservés dans des amphores de saumure. Pour le sel, avec le sel, on allait jusque dans des régions « reculées » : pensez qu’au Moyen-Âge, traverser les Alpilles c’était, entre nature sauvage et brigands, une aventure très risquée !

Il y a aussi dans le sel, une portée symbolique, avec tout un travail possible sur le sens ?

 

Un objet de sel. L'âme de bois, sculptée et laissée au bord du marais, s'est couverte de sel. cd13 - Coll. Museon Arlaten © Sébastien Normand

Guylaine Renaud : Effectivement, le sel est inspirant car il a, depuis la nuit des temps, cette dimension symbolique. Il évoque la magie de la nature et de ses créations, toutes les religions y font référence, la bible notamment. Il est utilisé pour des rituels, il fait l’objet de dévotions, il scelle l’alliance avec Dieu ; du « sel de l’alliance » au « sel de la terre ». Le sel évoque la stabilité, la durabilité. C’est ce que l’on retrouve au Museon Arlaten, dans le diorama de la « Visite à l’accouchée », où est évoquée cette tradition des vœux selon lesquels le nouveau-né doit être « droit comme une allumette », « plein comme un œuf », « bon comme le pain » et… « sage comme le sel ».

Mais le sel n’est pas que symbolique ; il y a aussi toute une dimension très matérielle, une histoire commerciale et industrielle…

Guylaine Renaud : Le sel, c’était l’or blanc. Une source de richesse, une denrée nécessaire à la vie, une monnaie d’échanges. Sans sel, pas de conservation des aliments. Et sans sel, les aliments que l’on fait cuire s’affadissent automatiquement. Du coup, sur toute la côte méditerranéenne, les salines se sont multipliées, possession des moines, puis du roi. Le sel était une richesse et donc donnait le pouvoir, bien évidemment. Et s’en sont suivis au fil des siècles guerres, tensions, répression … Du salaire (la ration de sel des soldats romains), à la gabelle (impôt sur le sel), on trouve la racine sel dans les langues d’origines latines notamment et en français et en provençal bien évidemment.

Comment avez-vous construit ce spectacle ?

Guylaine Renaud : Je suis partie de la figure de la captive. J’ai imaginé une femme sauvage capturée par un conquérant qui se prend à la vénérer. La voilà enfermée dans une sorte de harem, où elle est choyée pour sa valeur mais où elle s’ennuie. Elle porte en elle un trésor. Cette femme, c’est l’eau de mer, le conquérant c’est le salinier. Et la captive se fait l’amie d’un oiseau : « s’il te plait, mon bel oiseau, parle-moi de la mer, ce que j’étais avant » … Et nous voilà partis pour huit tableaux.

 

Des saliniers chargeant à la pelle des wagonnets. Vers 1940. ©Archag Behmezian. Collection particulière Annie Maïllis

Et ce salinier, n’est-il pas lui aussi un peu prisonnier ?

Guylaine Renaud : Je présente le salinier sous les traits d’un dévot, tout à la cause du sel et amoureux de la saline, celle qui va enfanter ce trésor : le sel. Tout cela parce que, grand mage, il a fait un pacte avec le soleil et le vent… Quand on a discuté avec des saliniers de Camargue, on sait à quel point leur métier est une passion. Mais aussi, autrefois, un travail extrêmement pénible, un labeur qui sculptait et brisait les corps, avec la chaleur intense de l’été, la lumière éblouissante qui transperçait les protections de fortune et brûlait les rétines.

Comment avez-vous conçu les partitions ? Quelle musique va-t-on entendre ?

Guylaine Renaud : Je jouerai d’un instrument ancien, le tambourin à cordes, que vous découvrirez le 8 juin. On retrouvera dans le spectacle des couleurs musicales méditerranéennes d’un autre temps mais nous jouons de la musique qui n’a pas d’âge : elle est contemporaine tout en s’inspirant des musiques traditionnelles de Méditerranée. Guillaume Saurel, avec ses violoncelles -acoustique et électrique-, est le compagnon idéal pour évoquer ces étendues liquides, cette vibration infinie qu’inspire la mer. Nous travaillons sur le sel, sur la matière et sur l’esprit ; le violoncelle permet cette approche à la fois physique et symbolique, avec ce son épuré, boisé, qui se révèle très proche de la voix humaine.

 Photo Delphine Michelangeli.